Je suis infirmier diplômé d’État depuis 1999. Ma carrière a connu plusieurs allers-retours avant de trouver son ancrage. J’ai réellement commencé dans un pavillon de secteur, puis je suis parti accomplir mon service militaire, au cours duquel j’ai exercé comme infirmier coordinateur dans une infirmerie de garnison, avec des gardes paramédicales, notamment à Illkirch-Graffenstaden.
À mon retour, j’ai travaillé six mois en Unité pour Malades Difficiles (UMD), avant de rejoindre à nouveau un pavillon de secteur pour cinq années, puis de revenir en UMD, où j’exerce depuis plus de vingt ans. Si je regarde mes premières années d’exercice professionnel, j’ai changé six fois d’affectation : un rythme formateur, parfois déroutant, mais profondément enrichissant.
Pendant mes études, en plus de la richesse et de la diversité des stages où j’ai eu la chance d’apprendre le soin, j’ai également travaillé dans un service de polyhandicap adulte et en maison de retraite. Ces expériences m’ont ancré dans une conviction qui ne m’a plus quitté : le soin dépasse les techniques, il engage tout l’humain.
Un parcours de vie pluriel
Dès la fin de mes études, la formation est devenue mon fil rouge. J’ai accompagné sur le terrain des générations d’étudiants infirmiers, participé aux jurys d’examens pratiques du diplôme d’État, puis j’ai été formé au tutorat lors de la restructuration des études en IFSI. Aujourd’hui encore, j’éprouve un profond attachement à la transmission, convaincu que soigner, c’est aussi faire grandir les autres.
Je suis époux d’une femme exceptionnelle, elle aussi soignante, et père de deux enfants qui me rappellent chaque jour l’essentiel : la présence, la curiosité, la joie simple d’apprendre et de partager. Curieux de nature, j’ai exploré de multiples domaines, toujours en parallèle de mon métier. J’ai été “champion” de yoyo, disputant le titre de champion de France en 2010, webmaster d’un site dédié aux skill toys, animateur radio d’une émission rock/métal, photographe amateur, piètre guitarise et bassiste ( on a la droit d’être nul et tout de même aimer faire du bruit, non ? ) et astronome passionné, mon fidèle Maksutov 127 et mon Dobson de 12 pouces me suivent encore par les nuits étoilées.
Sportif, marathonien et traileur, j’ai participé à des courses sans jamais franchir les 60 km, avant que le temps et mes articulations ne m’imposent un rythme plus lent, mais non moins contemplatif.
Mon engagement a commencé tôt : à 16 ans, je me suis formé aux premiers secours. J’ai été titulaire du BNS, BNPS et AFPS, j’ai participé à des compétitions de brancardage au sein de la Protection Civile, avant de devenir animateur après avoir obtenu mon BAFA.
Cette diversité de parcours m’a façonné : elle témoigne d’un même fil conducteur, le goût d’apprendre, de transmettre, de servir, mais aussi d’une attention constante aux autres, cette valeur cardinale du soin qui m’accompagne depuis toujours.
Le choix de la psychiatrie
On ne choisit pas toujours la psychiatrie : souvent, c’est elle qui nous choisit.
Et pourtant, de nombreux indices me permettaient déjà d’en pressentir le choix. Mon besoin de liberté, d’espace et de solitude, ma tendance à observer et à écouter les mouvements silencieux de l’âme humaine, m’y conduisaient presque naturellement.
Les nuits passées dehors, à contempler le ciel, les heures de course en solitaire sur les chemins, les moments dans ma « grotte », cet espace intérieur où l’on se retrouve soi-même, ont peu à peu façonné une pratique réflexive du soin, patiente et intériorisée.
Mais tout, parfois, se joue dans la contradiction. C’est le propre de l’humain : rien n’est jamais tout à fait aussi simple qu’on le croit. J’ai aussi mes biais, mes cloisons, cette tendance à l’isolement. J’aime expérimenter, dans le silence de mon repli, mes propres idées, mes affects, mes mouvements psychiques. Et, paradoxalement, c’est sans doute ce qui rend plus difficile, dans ma vie personnelle — celle en dehors du travail, la rencontre spontanée avec l’autre.
Dépouillé de mon armure blanche, sans uniforme, je me sens parfois exposé et vulnérable.
La fonction protège, mais elle sépare aussi : une fois quittée, il ne reste plus que l’homme, avec ses doutes, ses tremblements, ses silences. C’est peut-être justement cette fragilité-là qui m’a conduit à vouloir penser le soin, à modéliser, conceptualiser et rendre intelligible la relation humaine, pour lui donner forme, pour ne pas m’y perdre, et peut-être aussi pour continuer à y croire.
Philosophie, éthique et croissance personnelle
Il m’est apparu, que la philosophie répondait à un besoin essentiel : celui de nourrir et d’éclairer ma pratique réflexive. Mon approche n’est pas scientifique, ni académique. Elle se situe à la frontière de ce que j’espère être la philosophie du care, l’éthique du care, et ce que j’appelle plus volontiers un mouvement de croissance personnelle, au-delà de l’impact qu’il peut avoir sur ma pratique professionnelle.
J’expérimente une voie d’évolution possible pour chacun, une voie propre à l’infirmier, qui ne se limite pas aux compétences techniques, mais s’ouvre à un champ quasi infini de compréhension de soi et du monde. Comme je le dis souvent à mes étudiants : « un infirmier ou une infirmière a une évolution quasi infinie ». C’est cette voie que j’explore et dont je rends compte ici, avec toute l’humilité d’un professionnel toujours en chemin.
Toujours apprenant
Je ne suis pas parfait. Je reste un apprenant en chemin, conscient que je ferai parfois des erreurs. Les articles sont écrits au fil de l’eau, au fur et à mesure de mon étude et de ma compréhension. Mais je réponds à ce que je considère, depuis toujours, comme un devoir de transmission : partager mes réflexions, relier le soin à la philosophie, à l’éthique et à l’esthétique, et continuer à chercher, au rythme qui est le mien, le sens profond de ce que signifie prendre soin.
Et parfois, oui, je me perds.
Il m’arrive de faire fausse route, de me tromper, de douter, et même de croiser quelques bêtises.
Mais ces détours font partie du voyage : ils rappellent que le soin, de l’autre comme de soi, est toujours un chemin d’exploration, où l’on avance, trébuche, puis se relève, un peu plus lucide, un peu plus humain.
Ce blog n’est rien d’autre que le miroir de ce que je suis : imparfait, humain, traversé de contradictions, mais animé d’un même désir d’apprendre, de comprendre et de transmettre.
Et avec ce blog, je vais un peu plus loin : j’y rassemble ce que j’ai appris, ce que je cherche encore, et ce que je souhaite offrir à ceux qui, comme moi, croient que penser le soin, c’est déjà prendre soin.